Le yoga

C’est quoi, le yoga ?

Oui, c’est un vaste sujet.

Chacun peut avoir sa propre interprétation du yoga, et c’est justement ce qui le rend si riche. Mais une chose me semble importante : le yoga ne se résume pas à une activité physique.

Le yoga est une tradition philosophique et spirituelle ancienne, née en Inde. Il s’est développé au fil des siècles à travers différentes traditions et différents courants de pensée. Ses racines sont notamment présentes dans les Veda, puis dans les Upanishad, la Bhagavad-Gītā et, plus tard, les Yoga Sūtra de Patañjali.

On y retrouve des réflexions sur l’être humain, la conscience, la méditation, la discipline personnelle, la souffrance, la recherche de liberté intérieure et notre relation au monde

Alors, pourquoi pense-t-on immédiatement aux postures ?

C’est là que notre vision moderne du yoga peut être assez éloignée de ses origines.

Un peu d’histoire : Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les postures, les āsana, n’ont pas toujours occupé la place centrale qu’elles occupent aujourd’hui dans nos cours de yoga. Dans les traditions anciennes, elles faisaient notamment partie des pratiques permettant de préparer le corps à la méditation, aux côtés de la respiration, de la concentration et d’autres pratiques.

Le yoga n’était donc pas à l’origine une succession de postures destinées à devenir plus souple, plus fort ou à réussir son équilibre sur les mains.

C’est surtout au cours du XXe siècle, et notamment à partir des années 1920-1930, que le yoga postural moderne commence à prendre la forme que nous connaissons aujourd’hui.

En Inde, cette évolution s’inscrit dans un contexte particulier, à la croisée de traditions yogiques anciennes, du mouvement nationaliste indien, de la culture physique et de différentes influences venues notamment de la gymnastique occidentale. Le corps prend progressivement une place beaucoup plus importante dans la pratique : force, souplesse, mobilité, santé et vitalité deviennent des dimensions centrales.

Le yoga va ensuite se diffuser largement en Occident, notamment aux États-Unis, où il va continuer à évoluer. Certaines pratiques vont conserver une dimension spirituelle très importante, tandis que d’autres vont devenir davantage centrées sur le corps, le bien-être, la santé ou même la performance.

Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, lorsque l’on dit « je fais du yoga », cela peut vouloir dire énormément de choses différentes.

Et quel rapport avec l’hindouisme ?

Le yoga et les traditions religieuses indiennes ont une histoire profondément liée, ce qui explique pourquoi ils sont souvent confondus.

Le yoga s’est développé dans un environnement culturel et philosophique dans lequel se sont également développées différentes traditions religieuses, notamment celles que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme d’hindouisme.

Pour autant, le yoga n’est pas une religion.

Au cours de son histoire, des pratiques et philosophies yogiques ont également été intégrées à différents courants, notamment hindous, bouddhistes et jaïns.

Aujourd’hui, le yoga peut donc être pratiqué dans un cadre profondément spirituel comme dans un cadre totalement laïque.

Et c’est peut-être justement ce qui fait sa richesse : une même posture, une même respiration ou un même moment de méditation peuvent avoir une intention très différente selon la personne qui les pratique.

Et moi, alors, quelle est ma vision du yoga ?

Le yoga, un voyage intérieur

D’après moi, la pratique du yoga est avant tout une invitation à un voyage intérieur.

Plus on pratique, plus on s’offre la possibilité d’apprendre à se connaître, à observer nos réactions, nos pensées, nos émotions et notre manière d’être au monde.

C’est, d’une certaine manière, une forme de développement personnel. Mais un développement personnel qui ne cherche pas nécessairement à devenir une « meilleure version » de soi-même. Plutôt à mieux se comprendre, s’accepter et trouver davantage d’équilibre.

Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, le yoga est présenté à travers huit membres, ou huit dimensions, qui forment un chemin de pratique et d’évolution.

  1. Les Yamas : ma relation au monde

Les cinq Yamas concernent notre manière d’être en relation avec le monde extérieur. Ils peuvent être compris comme des principes éthiques qui nous invitent à vivre avec davantage de conscience et d’harmonie.

  • Ahimsa, la non-violence : cultiver la bienveillance envers soi-même, envers les autres et envers le vivant. Et cela commence souvent par la manière dont nous nous parlons à nous-mêmes.

  • Satya, la vérité : rechercher la sincérité, l’authenticité et l’absence de mensonge, tout en restant attentif à la manière dont notre vérité peut être exprimée.

  • Asteya, ne pas voler : respecter ce qui appartient aux autres, mais aussi ne pas s’approprier ce qui ne nous appartient pas. Cela peut nous amener à réfléchir à notre rapport au temps, aux idées, à l’attention ou aux ressources des autres.

  • Brahmacharya, la modération : apprendre à ne pas se laisser gouverner par ses désirs et ses sens. C’est une invitation à trouver un équilibre dans notre manière de consommer, de rechercher le plaisir et de dépenser notre énergie.

Aparigraha, le non-attachement : apprendre à ne pas accumuler ou convoiter inutilement et à développer une relation plus simple aux choses, aux possessions et à ce que nous voulons absolument retenir.

  1. Les Niyamas : ma relation à moi-même

Les cinq Niyamas concernent davantage notre relation à nous-mêmes et les attitudes personnelles que nous pouvons cultiver au quotidien.

  • Saucha, la pureté : prendre soin de la pureté et de la clarté du corps, mais aussi de l’esprit, des pensées et de notre environnement.

  • Santosha, le contentement : apprendre à apprécier ce qui est déjà là, cultiver la gratitude et accepter le présent sans être constamment dans la recherche de « plus ».

  • Tapas, la discipline : la capacité à s’engager, à persévérer et à traverser l’inconfort nécessaire à notre évolution. C’est la régularité et la discipline qui permettent à une pratique de réellement s’inscrire dans le temps.

  • Svadhyaya, l’étude de soi : traditionnellement associée à l’étude des textes, elle est aussi une invitation à l’introspection, à l’observation de nos pensées, de nos comportements et de nos fonctionnements.

  • Ishvara Pranidhana, le lâcher-prise : reconnaître que nous ne contrôlons pas tout et apprendre à remettre une part de notre expérience entre les mains de quelque chose de plus grand que notre seul ego.

  1. Les Asanas : habiter son corps

Viennent ensuite les Asanas, les postures.

C’est probablement la partie du yoga que nous connaissons le mieux aujourd’hui.

Pour moi, le corps est notre véhicule. Les postures permettent de le renforcer, de l’assouplir, de développer notre équilibre et notre mobilité, mais surtout d’apprendre à l’habiter et à l’écouter.

Le corps devient alors une porte d’entrée vers la conscience de soi.

  1. Le Pranayama : le souffle

Le Pranayama est le travail autour du souffle et de la respiration.

Dans la philosophie du yoga, le prana désigne notamment l’énergie vitale. La respiration devient alors un lien entre notre corps, notre esprit et notre état intérieur.

Nous pouvons tous constater à quel point notre respiration change selon notre état émotionnel : lorsque nous sommes stressés, notre souffle peut devenir court et rapide ; lorsque nous nous détendons, il devient généralement plus calme et plus profond.

Travailler avec le souffle, c’est donc aussi apprendre à agir sur notre état intérieur.

  1. Pratyahara : se tourner vers l’intérieur

Pratyahara est souvent traduit par le retrait ou le retrait des sens.

Il ne s’agit pas de couper complètement nos sens, mais plutôt d’apprendre à ne pas être constamment dirigé par ce qui vient de l’extérieur.

Après avoir travaillé avec le corps et le souffle, nous pouvons progressivement porter notre attention vers notre monde intérieur.

  1. Dharana : la concentration

Dharana est la concentration : apprendre à diriger volontairement son attention vers un objet, un point, une sensation, un son ou encore la respiration.

Notre esprit est constamment sollicité. Une pensée en entraîne une autre, puis une autre encore.

La pratique consiste alors non pas nécessairement à empêcher les pensées d’exister, mais à apprendre à ne pas être emporté par chacune d’entre elles.

J’aime beaucoup cette image : on ne peut pas empêcher le vent de souffler, mais on peut apprendre à trouver un refuge ou à utiliser le vent pour avancer, comme le fait un voilier.

La concentration devient ainsi une véritable pratique de présence.

  1. Dhyana : la méditation

Dhyana correspond à la méditation.

Lorsque la concentration devient plus stable, il ne s’agit plus seulement de maintenir volontairement son attention : une forme de continuité et de présence peut progressivement s’installer.

C’est un moment privilégié avec soi-même, qui permet d’observer plus profondément notre expérience et notre rapport à la réalité.

  1. Samadhi : l’intégration

Enfin vient Samadhi, souvent décrit comme un état profond d’absorption, d’unification ou d’intégration.

C’est une notion difficile à traduire avec des mots modernes.

L’image de l’arbre m’aide beaucoup à comprendre cette progression.

Les Yamas sont les racines : notre relation au monde et la manière dont nous choisissons d’y prendre notre place.

Les Niyamas sont le tronc : notre relation à nous-mêmes et les qualités personnelles que nous cherchons à développer.

Les Asanas sont les branches : notre corps, notre capacité à trouver équilibre, stabilité et harmonie.

Le Pranayama représente les feuilles : elles sont en interaction avec l’air et participent à transformer ce qui vient de l’extérieur en énergie pour l’arbre. De la même manière, notre souffle fait le lien entre notre environnement et notre monde intérieur.

Le Pratyahara est l’écorce : elle crée une forme de protection et marque la transition entre l’extérieur et l’intérieur.

Le Dharana est la sève : elle circule dans l’arbre et nourrit ses différentes parties. De la même manière, notre attention nourrit ce sur quoi nous la dirigeons. Une pensée répétée, une émotion entretenue ou une intention cultivée peuvent prendre de plus en plus de place dans notre expérience.

Le Dhyana est la fleur : un moment d’ouverture, de présence et de connexion profonde avec soi-même.

Et le Samadhi est le fruit : l’aboutissement d’un processus d’intégration, lorsque toutes les parties de l’arbre sont reliées et nourries.

 

Cette image ne prétend évidemment pas être une traduction littérale des Yoga Sūtra. C’est simplement ma manière de rendre ces huit dimensions plus concrètes et accessibles.

Dans la tradition du yoga, le Samadhi correspond à une notion beaucoup plus profonde que la simple détente. Il est associé à un état d’absorption et d’unification de la conscience.

À mon échelle, ce que je retiens surtout de ce chemin, c’est cette recherche progressive d’harmonie entre le corps, le souffle, le mental et notre manière d’être au monde.

Et c’est aussi pour cela que je ne classe pas le yoga dans la catégorie du sport.

 

Bien sûr, il est tout à fait possible de pratiquer le yoga uniquement pour ses bienfaits physiques.

On peut vouloir renforcer son corps, améliorer sa mobilité, travailler son équilibre ou simplement se sentir bien après avoir bougé.

Et je ne juge absolument pas cette approche. Chacun pratique pour les raisons qui lui appartiennent.

Mais si vous participez à mes cours, j’ai envie de vous proposer un peu plus qu’une succession de postures destinées à être plus tonique ou plus souple.

Lorsque je prépare un cours, je ne choisis pas seulement les postures que nous allons pratiquer. Je réfléchis également à l’intention de la séance : quel thème ai-je envie d’explorer cette semaine? Quelle réflexion puis-je proposer? Quelle énergie ai-je envie de transmettre? Et surtout, quelle expérience ai-je envie de faire vivre à mes élèves?

Le mouvement est alors un moyen, et non une finalité.

On peut transpirer, renforcer ses muscles, travailler sa souplesse et sortir d’un cours avec les jambes qui tremblent… tout en ayant passé une heure à respirer, à ralentir, à se reconnecter à soi et à prendre soin de son équilibre intérieur.

C’est pour cela que je me situe davantage dans une approche bien-être que dans une approche sportive.

Mon yoga est physique, oui.

Mais il ne s’arrête pas au corps.

Il commence avec le corps, et ouvre la porte vers soi.

Et finalement, c’est peut-être cela que j’ai envie de transmettre : une parenthèse dans laquelle on bouge, on respire, on ressent, on s’écoute… et où, pendant quelques instants, on revient simplement à soi.

Ce que je viens de vous partager n’est qu’un aperçu très simplifié des enseignements du yoga. Il existe encore énormément de notions, de textes, de pratiques et de philosophies que j’aimerais vous faire découvrir au fil du temps.

Car plus j’avance dans ma pratique, plus je réalise une chose :

le yoga n’est pas quelque chose que l’on finit d’apprendre. C’est un chemin.

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